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Les déserts médicaux
Analyse - synthèse de documents

Ce qu’il est convenu d’appeler des déserts médicaux sont en fait des secteurs où la densité médicale est réellement inférieure à la moyenne nationale , ce qui engendre des difficultés pour accéder aux soins surtout lorsque l’on a un habitat éclaté et des zones de populations peu denses.
Cela fait des décennies que le problème est posé et repéré sans que des solutions pérennes ne soient mises en place parce qu’il a manqué une réelle vision prospective adaptée aux réalités locales . Il fut un temps où les pouvoirs publics avaient jugé qu’il y avait globalement trop de médecins et qu’un moyen de limiter la dérive des remboursements était de laisser partir avantageusement des médecins en retraite avant même l’âge habituel des départs.
De ce fait on a instauré le numérus clausus , puis on l’a assoupli, mais sans jouer sur la répartition généralistes /spécialistes qu’on a continué à former en grand nombre , ne serait- ce que pour répondre aux besoins des services hospitaliers. Jusqu’à une période relativement récente les médecins généralistes et spécialistes n’étaient formés qu’à l’hôpital au sein d’équipes pluridisciplinaires et ne découvraient la réalité du colloque singulier qu’au cours des remplacements où de fait ils étaient seuls face au malade.
Dans le même temps, les technologies ont évolué, les conférences de consensus se sont multipliées, la féminisation des médecins a grandement augmenté, de même que la durée des études, si bien que les jeunes médecins sur le point de s’installer ont souvent des enfants qui s’approchent de l’âge du collège et que les deux membres du couple travaillent . Si l’on ajoute à cela la complexité d’une installation , ses « tracasseries » administratives , alors que les médecins ont appris à soigner et non à administrer, on peut imaginer le hiatus grandissant entre les lieux d’installation et la population .
C’est donc autant de « révolution » culturelle dont on a besoin que d’incitations financières qui jusqu’à présent n’ont pas vraiment fait preuve de leur efficience. C’est un levier, mais il en faut d’autres . Les pactes territoires –santé de Marisol Touraine commencent à montrer leurs effets dans divers endroits, mais ce que demandent les professionnels de santé , si l’on se réfère aux nombreux articles qui paraissent c’est de libérer du temps soignant, davantage de souplesse pour tout ce qui est administratif (création de maisons de santé), de coordination entre les professions de santé d’un même territoire.
« les pouvoirs publics ne doivent pas être que des financeurs, ils doivent aussi être des facilitateurs (Quotidien du médecin 23/10/2017).
Tout doucement, cela commence ici ou là avec la création de coordinateurs, sorte de facilitateurs pour accompagner le patient en lien avec le praticien, les territoires de vie des patients et les conditions socio-économiques illustrent souvent bien des pathologies .
Le zonage national basé sur un décret précise que les caractéristiques sanitaires , démographiques et sociales doivent être prises en compte pour définir un indicateur dénommé « accessibilité potentielle localisé » pour déterminer les territoires fragiles. Or cet indicateur est quelque peu battu en brèche car il ne tient que très mal compte de certains critères pourtant déterminants (zones urbaines, absence de transport, accès direct à certains spécialistes …)
C’est bien par territoire de vie qu’il faut réfléchir avec les acteurs de ces territoires, car la réduction des inégalités d’accès aux soins et par conséquent la réduction des inégalités de santé passe par l’acculturation .
Tôt ou tard, (et la dynamique portée par certaines ARS en lien avec les acteurs des territoires, professionnels, et aussi représentants de patients via des associations est en marche dans certaines zones), cela passera par : des délégations de taches, de nouveaux métiers et/ou de nouvelles manières d’exercer les métiers existants, la télémédecine ; mais aussi la coordination des professionnels (notamment à domicile) …. On devrait retrouver là l’humain au service de la technologie et réciproquement la technologie au service de l’humain.
Jacqueline IBRAHIM, administratrice de l'URIOPSS Champagne-Ardenne.
(c) Réseau Uniopss-Uriopss, 02/11/2017
FICHE N°92618
Mis à jour le : 02/11/2017
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